JEUDI 15 OCTOBRE 2026
SANTÉ
La médecine avance vite. On vous explique ce qui change vraiment.
Une étude, une technique, un traitement : le contexte, les résultats et ce qu'ils prouvent ou non.
Chaque jour, un nouvel éclairage sur la recherche médicale et chirurgicale.
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EN 30 SECONDES| → | Chirurgie : le pape Léon XIV est opéré du poumon à Rome ; le lobe inférieur droit est retiré, un adénocarcinome est confirmé, sans complications. | | → | Herpès : la FDA approuve le pritelivir, en comprimé, pour les formes résistantes chez l'adulte immunodéprimé (essai de 101 patients, en ouvert). | | → | Rougeole : au Nigeria, un supplément nutritif donné avec la vaccination de routine fait gagner 20,1 points de couverture (1 604 enfants). | | → | Sibérie : la cause du décès d'une laborantine de l'institut antipeste d'Irkoutsk n'est toujours pas confirmée. |
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 1 · CHIRURGIE Léon XIV opéré d'un adénocarcinome du poumon, sans complications 90 min durée de l'intervention | | 1 lobe lobe inférieur du poumon droit retiré | | 20 oct. audiences suspendues jusqu'au |
Ce qui s'est passé. Le 11 octobre, lors de l'Angélus, le pape Léon XIV a annoncé une opération « dans les prochains jours » pour un nodule circonscrit au poumon, détecté à un stade très précoce. Admis mardi 13 octobre au Policlinico Gemelli de Rome, il a été opéré par l'équipe de chirurgie thoracique du Pr Stefano Margaritora. Selon le communiqué du Saint-Siège, signé de ce dernier et du médecin du pape, le Dr Luigi Carbone, l'opération a duré environ 90 minutes (environ 3 heures au bloc) et s'est déroulée sans complications. Le lobe inférieur du poumon droit a été retiré, et l'examen a confirmé le diagnostic d'adénocarcinome pulmonaire, suspecté avant l'opération. Mercredi matin, le Vatican indique que le pape a passé une nuit tranquille. Des examens complémentaires sont en cours, dont l'analyse du tissu retiré. NIVEAU DE PREUVE COMMUNIQUÉ DU SAINT-SIÈGE, RAPPORTÉ PAR LA PRESSE UN SEUL CAS ANALYSE DU TISSU EN COURS AUCUNE ÉTUDE L'ÉCLAIRAGEQue veut dire « opération radicale » pour un adénocarcinome ? Un adénocarcinome est un cancer qui naît dans des cellules glandulaires. Ici, le Vatican explique avoir retiré le lobe inférieur du poumon droit « afin de rendre l'intervention radicale » : on enlève la tumeur avec une zone de tissu autour d'elle, plutôt que le seul nodule. Ce qui est attendu maintenant : l'analyse du tissu retiré et la recherche d'une éventuelle extension. C'est elle qui précise l'étendue de la maladie. Ces premières informations, issues d'un communiqué, ne permettent pas d'en déduire l'évolution à venir. CE QU'EN DISENT SAINT-SIÈGE Communiqué médical signé des Drs Luigi Carbone et Stefano Margaritora« Afin de rendre l'intervention radicale, le lobe inférieur du poumon droit a été retiré » Source : Paris Match Belgique → SAINT-SIÈGE Salle de presse mercredi 14 octobre« Le Pape a passé une nuit tranquille » Les examens postopératoires et l'analyse du tissu sont attendus dans les prochains jours. Source : Vatican News → SAINT-SIÈGE Matteo Bruni directeur de la salle de presseIl avait indiqué un séjour postopératoire d'environ une semaine. Source : Le Catho → Experts indépendants, associations de patients : pas de réaction relevée à ce stade CE QUE ÇA CHANGE Rien ne change pour les lecteurs : il s'agit d'un cas individuel, et la décision d'opérer relève de l'équipe médicale avec le patient.
ET APRÈS ? Les résultats de l'analyse du tissu et des examens d'extension, puis la convalescence : le séjour à l'hôpital est estimé à environ une semaine, et les audiences sont suspendues jusqu'au mardi 20 octobre. | |
 Photo : Yale Rosen, CC BY-SA 2.0 · Cellules infectées par le virus de l'herpès simplex, vues au microscope (illustration) 2 · TRAITEMENT Herpès : la FDA approuve le pritelivir pour les formes résistantes 63 % lésions cicatrisées à J28 (contre 34 %) | | 101 adultes immunodéprimés | | 22 % effets indésirables (contre 54 %) |
Ce qui s'est passé. Le 9 octobre, la FDA américaine a approuvé Hovilpri (pritelivir, Asahi Kasei Therapeutics), un comprimé destiné aux lésions cutanéo-muqueuses du virus de l'herpès simplex (HSV) chez les adultes immunodéprimés qui ne répondent pas à l'aciclovir, au valaciclovir ou au famciclovir, avec ou sans résistance documentée. L'autorisation repose sur l'essai de phase 3 PRIOH-1 (partie C), randomisé et en ouvert, mené chez 101 adultes immunodéprimés, qui compare le pritelivir à un traitement choisi par l'investigateur (foscarnet en perfusion, cidofovir, ou imiquimod 5 % en crème). La cicatrisation complète des lésions à 28 jours, critère principal, est de 63 % avec le pritelivir contre 34 % (écart ajusté de 28,4 points, IC à 95 % de 9,6 à 47,3 ; p = 0,0047). À 42 jours, 82 % contre 42 %. Des effets indésirables sont rapportés chez 22 % des patients sous pritelivir contre 54 %, avec 2 % d'arrêts pour effets indésirables contre 20 % ; le plus fréquent est le mal de tête (6 % contre 4 %). Le critère mesure la guérison des lésions, pas l'élimination du virus. Asahi Kasei prévoit une disponibilité aux États-Unis avant la fin de 2026. NIVEAU DE PREUVE ESSAI RANDOMISÉ CONTRÔLÉ, PHASE 3 101 ADULTES EN OUVERT : PATIENTS ET SOIGNANTS SAVENT LE TRAITEMENT DONNÉES DU DOSSIER D'AUTORISATION · PUBLICATION NON VÉRIFIÉE L'ÉCLAIRAGEPourquoi ce médicament agit autrement Les médicaments habituels contre l'herpès, comme l'aciclovir, doivent être activés par une enzyme du virus, la thymidine kinase. Quand cette enzyme mute, ils perdent de leur efficacité. Le pritelivir est un inhibiteur de l'hélicase-primase : il bloque une autre étape de la copie du virus, sans passer par cette enzyme. Selon son fabricant, il est actif sur HSV-1 et HSV-2, y compris sur des souches résistantes. Un essai en ouvert n'est pas aveugle : tout le monde connaît le traitement reçu, ce qui peut influencer certaines mesures. Ici, le critère est la cicatrisation constatée des lésions. L'essai est petit (101 personnes) et ne dit rien sur l'élimination du virus. CE QU'EN DISENT AUTEURS Genovefa Papanicolaou investigatrice de l'essai, Memorial Sloan Kettering« refractory HSV infections can be prolonged, painful, and difficult to treat » Source : Contagion Live → INDUSTRIE Stacy Wheeler Asahi Kasei Therapeutics« HOVILPRI offers a new oral treatment option for adult patients with a persistent, difficult-to-treat disease » Source : Contagion Live → AUTORITÉ DE SANTÉ FDA agence américaineElle retient le mal de tête comme effet indésirable le plus fréquent et signale des interactions avec d'autres médicaments, notamment certains traitements qui réduisent l'acidité de l'estomac. Source : Pharmacy Times → Experts indépendants, associations de patients : pas de réaction relevée à ce stade CE QUE ÇA CHANGE Pour les adultes immunodéprimés dont l'herpès ne répond pas aux traitements habituels, une option en comprimé existe aux États-Unis, là où les comparateurs de l'essai étaient en perfusion ou en crème. Le choix d'un traitement se décide avec l'équipe soignante : les interactions médicamenteuses comptent.
ET APRÈS ? Disponibilité aux États-Unis annoncée avant la fin de 2026. Les sources consultées ne mentionnent pas de demande d'autorisation en Europe. | |
 Photo : Bolajistellafunke, CC0 · Journée de vaccination dans un centre de santé d'Akure, au Nigeria (illustration) 3 · ÉTUDE Rougeole au Nigeria : un supplément alimentaire gagne 20 points de couverture 20 pts de couverture en plus (écart des écarts) | | 1 604 enfants à l'enquête finale | | 48 % des enfants ayant reçu le supplément |
Ce qui s'est passé. Des équipes de l'Inserm (Bordeaux Population Health), de l'ONG ALIMA et de partenaires nigérians ont publié le 2 octobre dans Nature Medicine l'essai NutriVax-Measles, mené dans l'État de Yobe, au nord du Nigeria. Vingt zones, tirées au sort à parts égales, recevaient soit la vaccination de routine seule, soit la vaccination de routine plus une ration mensuelle de suppléments nutritifs à base de lipides (SQ-LNS), donnée aux enfants de 6 à 23 mois après la séance de vaccination, dans les centres de santé. Le critère principal est la part d'enfants de 12 à 23 mois ayant reçu une première dose de vaccin contre la rougeole, preuve à l'appui sur le carnet, mesurée 12 mois après une première enquête. Sur 1 604 enfants à l'enquête finale (801 témoins, 803 en intervention), les chances d'avoir une première dose vérifiée sont 2,08 fois plus élevées dans le groupe intervention (IC à 95 % de 1,30 à 3,35 ; p = 0,004). La couverture progresse de 20,1 points (IC de 13,7 à 26,5) par rapport au groupe témoin. Seuls 48 % des enfants des zones d'intervention avaient déjà reçu le supplément. Selon l'Inserm, le nombre d'enfants jamais vaccinés a été divisé par deux. NIVEAU DE PREUVE ESSAI RANDOMISÉ EN GRAPPES 20 GRAPPES · 1 604 ENFANTS NATURE MEDICINE, 2 OCT. 2026 · RELU PAR LES PAIRS MESURE LA VACCINATION, PAS LES CAS DE ROUGEOLE L'ÉCLAIRAGEUn essai « en grappes » : on tire au sort des zones, pas des enfants Le supplément est distribué dans un centre de santé : on ne peut pas le donner à un enfant et pas à son voisin. Les chercheurs ont donc tiré au sort 20 zones entières, ce qui s'appelle un essai en grappes. Le résultat se lit en odds ratio (rapport de chances) : 2,08 signifie que les chances d'avoir une première dose vérifiée sont à peu près doublées. Limites à retenir : l'essai mesure la couverture vaccinale, pas le nombre de cas de rougeole évités ; il compare deux enquêtes à 12 mois d'intervalle, auprès d'enfants différents ; et moins de la moitié des enfants des zones d'intervention avaient reçu le supplément. CE QU'EN DISENT AUTEURS Cécile Cazes Bordeaux Population Health et ALIMA, responsable scientifiqueElle souligne que ce travail n'aurait pas été possible sans le savoir-faire de la collaboration scientifique internationale. Les auteurs concluent que distribuer le supplément avec la vaccination de routine améliore nettement la couverture, et y voient une stratégie applicable à grande échelle dans des contextes proches. Source : Inserm → AUTORITÉ DE SANTÉ État de Yobe autorités locales du NigeriaD'après l'Inserm, l'État a inscrit l'approche combinée (supplément et vaccination) dans son plan de financement de cette année. Source : Inserm → Experts indépendants : pas de réaction relevée à ce stade. Financeur : non précisé dans les sources consultées CE QUE ÇA CHANGE Pour les enfants de cette région du Nigeria, l'approche est déjà intégrée au financement local. Pour d'autres pays, c'est une piste à confirmer : les coûts et les bénéfices sont encore en cours d'évaluation, selon l'Inserm.
ET APRÈS ? Une version adaptée aux nouveaux vaccins contre le paludisme pédiatrique, NutriVax-Malaria, vient de démarrer au Cameroun. | |
 4 · SANTÉ PUBLIQUE Sibérie : un décès suspect à l'institut antipeste, cause toujours inconnue 2 oct. décès de la laborantine | | ~200 contacts sous observation | | 0 cas de peste enregistré (Moscou) |
Ce qui s'est passé. Une laborantine de 28 ans de l'Institut antipeste d'Irkoutsk, en Sibérie, est morte le 2 octobre après une hospitalisation pour pneumonie sévère. Des médias russes ont évoqué une peste pulmonaire après un accident de laboratoire, sans confirmation officielle. L'autorité sanitaire russe, Rospotrebnadzor, parle de « pneumonie d'étiologie inconnue », affirme que les analyses n'ont trouvé aucun micro-organisme lié à son travail, et dit n'avoir détecté chez les contacts que deux cas de Covid-19 et deux de rhinovirus. Environ 200 personnes ont été placées sous surveillance. Selon l'OMS, Moscou affirme qu'aucun cas de peste n'a été enregistré dans la région ; l'agence n'a pas confirmé la cause du décès et demande des précisions sur l'agent en cause et sur un éventuel second cas de pneumonie signalé par des médias. Son évaluation initiale du risque : modéré à faible pour Irkoutsk, faible pour la Russie, très faible pour la région Europe. Les dernières informations disponibles datent du 7 octobre. NIVEAU DE PREUVE SITUATION EN COURS CAUSE DU DÉCÈS NON CONFIRMÉE DÉCLARATIONS OFFICIELLES RAPPORTÉES PAR LA PRESSE AUCUNE ÉTUDE L'ÉCLAIRAGE« Cause inconnue » ne veut dire ni peste, ni absence de peste La peste pulmonaire est une forme grave de la maladie, qui peut se transmettre d'une personne à l'autre ; elle se soigne par des antibiotiques pris tôt. Les cas contractés en laboratoire sont extrêmement rares. Ici, aucun agent n'est identifié publiquement : les autorités russes ne relient pas le décès à la peste, et l'OMS dit ne pas connaître l'agent en cause. Selon le Règlement sanitaire international, un pays interrogé par l'OMS doit répondre dans les 24 heures. L'enjeu est de savoir ce que les analyses ont réellement cherché et trouvé. CE QU'EN DISENT AUTORITÉ DE SANTÉ Maria Van Kerkhove OMS, directrice de la gestion des épidémies et pandémies« We don't understand how she was infected » Elle ajoute que l'OMS ne connaît pas l'agent en cause et demande des informations rapides. Source : AP via ClickOnDetroit → AUTORITÉS RUSSES Rospotrebnadzor autorité sanitaireElle parle de « pneumonie d'étiologie inconnue » et ne relie pas le cas à la peste. Le Kremlin renvoie toutes les questions à cette autorité. Source : AP via ClickOnDetroit → Experts indépendants : débat en cours dans la presse, pas de position vérifiée mot pour mot CE QUE ÇA CHANGE Selon l'évaluation initiale de l'OMS, le risque pour la population est faible en Russie et très faible pour l'Europe. Rien n'est demandé aux particuliers à ce stade dans les sources consultées.
ET APRÈS ? L'OMS attend des informations de la Russie sur la cause du décès et sur le second cas évoqué par des médias. Aucune cause officielle n'a été publiée à la date des dernières informations (7 octobre). | |
EN BREF Chirurgie de l'obésité : moins de cancers liés à l'obésité, plus de cancers du pancréas. Dans une cohorte nordique publiée le 14 octobre dans JAMA Surgery (784 105 adultes de 18 à 59 ans avec obésité, dont 99 614 opérés), le risque global de cancer lié à l'obésité est plus bas après l'opération (rapport de taux ajusté de 0,81 ; IC à 95 % de 0,77 à 0,85), surtout pour le foie (0,49), l'endomètre (0,51) et l'ovaire (0,73). Le risque de cancer du pancréas est en revanche plus élevé (2,21 ; IC de 1,44 à 3,39), surtout chez les plus jeunes. Étude observationnelle : elle montre des associations, pas des causes. Chirurgie cardiaque chez les femmes : l'hémodilution ne réduit pas significativement les transfusions. Dans une analyse post hoc d'un essai randomisé (405 femmes sur 2 010 patients, chirurgie cardiaque avec circulation extracorporelle), prélever puis réinjecter du sang du patient (hémodilution normovolémique) n'a pas réduit significativement le recours aux transfusions (38,8 % contre 44,6 % ; RR 0,87 ; IC de 0,69 à 1,10). L'hypotension pendant l'opération est plus fréquente (16,0 % contre 4,8 %) et le séjour en réanimation plus long de 21 heures en moyenne. Les auteurs jugent ces résultats exploratoires. | |
| LE CHIFFRE DU JOUR 20,1 points de couverture vaccinale rougeole en plus, par rapport aux zones témoins, dans l'essai nigérian où un supplément nutritif était distribué avec la vaccination de routine. Nature Medicine → | |
| À VENIR | | | Audiences du pape : suspendues jusqu'à cette date, selon le Saint-Siège. |
| Réunion du comité des médicaments (CHMP) de l'EMA : prochaine réunion sur les nouveaux médicaments. |
| Pritelivir (Hovilpri) : disponibilité aux États-Unis annoncée avant la fin de l'année par Asahi Kasei. |
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| VRAI OU FAUX ? L'essai de phase 3 PRIOH-1, sur lequel la FDA s'est appuyée pour approuver le pritelivir contre l'herpès résistant, était mené en double aveugle. Réponse : Faux. L'essai était en ouvert : patients et soignants connaissaient le traitement reçu. Il comparait le pritelivir à un traitement choisi par l'investigateur (foscarnet, cidofovir ou imiquimod), chez 101 adultes immunodéprimés. | |
LE LEXIQUE DU JOUREssai en grappes Un essai où l'on tire au sort des groupes entiers (zones, centres de santé) plutôt que des personnes, quand l'intervention s'applique à tout un groupe. Essai en ouvert Un essai où les participants et les soignants savent quel traitement est reçu. Il peut influencer certaines mesures, surtout subjectives. Adénocarcinome Un cancer qui naît dans des cellules glandulaires, par exemple dans le poumon. Odds ratio Un rapport de chances entre deux groupes : 2,08 veut dire des chances à peu près doublées d'avoir le résultat étudié. | |
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