MERCREDI 21 OCTOBRE 2026
SANTÉ
La médecine avance vite. On vous explique ce qui change vraiment.
Une étude, une technique, un traitement : le contexte, les résultats et ce qu'ils prouvent ou non.
Chaque jour, un nouvel éclairage sur la recherche médicale et chirurgicale.
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EN 30 SECONDES
| → | Dialyse en réanimation : à 90 jours, 63,1 % de décès avec l'hémodialyse intermittente contre 53,5 % avec la technique continue ; l'essai français ICRAKI a été arrêté plus tôt (NEJM). |
| → | Cancer du rectum : la FDA approuve le dostarlimab pour les tumeurs dMMR/MSI-H ; 47 % de réponse complète soutenue à 12 mois, dans un essai sans groupe témoin. |
| → | Anesthésie : l'essai VITAL ne voit aucune différence entre anesthésie intraveineuse et gaz inhalés sur les jours en vie et à domicile (JAMA). |
| → | En bref : un premier médicament antisens contre l'hépatite B chronique et des polluants de grossesse associés à un QI plus bas. |
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1 · TRAITEMENT
Dialyse en réanimation : plus de décès avec l'hémodialyse intermittente
63 % décès à 90 jours, dialyse intermittente | | 54 % décès à 90 jours, dialyse continue | | 535 patients, 42 services de réanimation |
Ce qui s'est passé. Le 14 octobre, le New England Journal of Medicine a publié l'essai français ICRAKI, mené par le Pr Stéphane Gaudry (hôpital Avicenne, AP-HP) dans 42 services de réanimation. Il compare deux façons de remplacer les reins chez des adultes en réanimation atteints d'insuffisance rénale aiguë : l'hémodialyse intermittente (260 patients, séances de quelques heures) et l'épuration extra-rénale continue (275 patients, 24 heures sur 24). Le critère principal est un événement rénal majeur à 90 jours (décès, dépendance à la dialyse ou créatinine restée au moins 25 % au-dessus de la valeur de départ) : 78,1 % avec l'hémodialyse intermittente, 71,6 % avec la technique continue, sans que la première soit démontrée « non inférieure ». La mortalité à 90 jours est de 63,1 % contre 53,5 % (rapport de risque 1,3 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,04 à 1,63). L'essai a été arrêté plus tôt que prévu après un signal de surmortalité. Les complications les plus fréquentes sont l'hypotension et la baisse des plaquettes. Le communiqué de l'AP-HP compte 554 patients, le rapport rapporté par Healio 535 : on retient le second, qui détaille les deux groupes.
NIVEAU DE PREUVE ESSAI RANDOMISÉ CONTRÔLÉ NON-INFÉRIORITÉ ARRÊTÉ PLUS TÔT 535 PATIENTS 42 SERVICES (FRANCE) NEJM · 14 OCT. 2026 RELU PAR DES PAIRS FINANCÉ PAR LE MINISTÈRE DE LA SANTÉ (PHRC)
L'ÉCLAIRAGEDialyse intermittente ou continue : de quoi parle-t-on ? L'insuffisance rénale aiguë. Chez un patient très malade, les reins cessent brutalement de filtrer le sang. Une machine prend alors le relais. Deux façons de faire. Soit des séances de quatre à six heures, soit un filtrage lent et permanent, jour et nuit (AP-HP). Ce que prouve cet essai. Le tirage au sort rend les deux groupes comparables, donc l'écart de mortalité n'est pas un hasard de recrutement. Limites : un essai arrêté plus tôt peut exagérer l'effet, les auteurs n'expliquent pas pourquoi l'écart existe, et le critère principal composite ne montre pas de différence nette.
CE QU'EN DISENT
AUTEURS Stéphane Gaudry investigateur principal, Healio« continuous techniques should probably be preferred, at least for the first few days after dialysis initiation » Citation originale en anglais : les techniques continues devraient probablement être préférées, au moins les premiers jours après le début de la dialyse. Source : Healio → AUTEURS AP-HP communiqué sur l'essai« une mortalité plus élevée à 90 jours chez les patients traités initialement par hémodialyse intermittente » Les auteurs précisent que les résultats doivent éclairer le choix du traitement en réanimation et que d'autres recherches sont nécessaires, notamment sur la récupération rénale. Source : AP-HP → Experts indépendants, autorités de santé (HAS) : pas de réaction relevée sur cette publication
CE QUE ÇA CHANGE Pour les équipes de réanimation, l'essai plaide pour privilégier la technique continue au début de la dialyse. Il ne dit pas ce qu'il faut faire après les premiers jours. Le choix reste une décision de l'équipe soignante.
ET APRÈS ? Les auteurs appellent à poursuivre les recherches sur la récupération des reins. Aucune recommandation de société savante ni de la HAS n'est annoncée dans les sources consultées.
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2 · CANCER
Cancer du rectum : la FDA approuve le dostarlimab pour certaines tumeurs
47 % réponse complète soutenue 12 mois | | 154 patients traités, sans groupe témoin | | ≈ 3 % des cancers rectaux concernés |
Ce qui s'est passé. Le 19 octobre, la FDA américaine a accordé une approbation accélérée au dostarlimab (Jemperli, du laboratoire GSK) seul, pour des adultes ayant un cancer du rectum de stade II ou III, localement avancé et jamais traité, dont la tumeur présente une anomalie de réparation de l'ADN (dite dMMR ou MSI-H). La décision s'appuie sur l'essai de phase 2 AZUR-1 (154 patients traités, jusqu'à neuf perfusions toutes les trois semaines) : sur 116 patients évaluables par une relecture indépendante, 47 % ont une réponse clinique complète soutenue pendant 12 mois, et 68 % selon les investigateurs (144 patients). Après plus de deux ans de suivi, près des trois quarts des patients n'ont eu besoin ni de chirurgie, ni de radiothérapie, ni de chimiothérapie (FDA). Les effets indésirables les plus fréquents sont la fatigue, l'éruption cutanée, la diarrhée et les démangeaisons ; 20 % des patients ont eu un effet indésirable grave (Pharmaceutical Executive). L'essai n'a pas de groupe de comparaison et la FDA précise qu'un suivi plus long est nécessaire pour connaître la durée des réponses.
NIVEAU DE PREUVE ESSAI DE PHASE 2 UN SEUL GROUPE EN OUVERT 154 PATIENTS RÉSULTATS INTERMÉDIAIRES APPROBATION ACCÉLÉRÉE · FDA · 19 OCT. 2026
L'ÉCLAIRAGEUne immunothérapie à la place de la chirurgie : que prouve ce résultat ? Le cancer du rectum. Il se traite en général par une combinaison de chimiothérapie, de radiothérapie et de chirurgie. L'anomalie dMMR / MSI-H. Certaines tumeurs ne savent plus réparer leur ADN. Selon la FDA, cela concerne environ 3 % des cancers du rectum localement avancés. Le médicament. Le dostarlimab bloque PD-1, une protéine des cellules immunitaires que le cancer utilise pour leur échapper. Les limites. Un essai sans groupe témoin ne permet pas de comparer avec les traitements habituels. Une « réponse clinique complète » signifie qu'on ne voit plus de tumeur à l'examen et à l'imagerie, pas qu'elle a forcément disparu. Les résultats par relecture indépendante (47 %) sont plus bas que ceux des investigateurs (68 %).
CE QU'EN DISENT
AUTORITÉ DE SANTÉ FDA Angelo de Claro, Oncology Center of Excellence« The FDA is acting on emerging evidence to bring new approaches to patients sooner » Citation originale en anglais : la FDA agit sur des données émergentes pour apporter plus vite de nouvelles approches aux patients. L'agence rappelle que des études complémentaires sont nécessaires. Source : FDA → INDUSTRIE GSK laboratoire qui commercialise le médicamentGSK présente le dostarlimab comme la première et la seule immunothérapie approuvée aux États-Unis pour ce type de cancer du rectum. Selon Pharmaceutical Executive, le dossier avait une date de décision prévue en février 2027 : la FDA a statué avec près de quatre mois d'avance. Source : Pharmaceutical Executive → Experts indépendants, autorités françaises et européennes (HAS, EMA) : pas de réaction relevée sur cette décision
CE QUE ÇA CHANGE Aux États-Unis, une minorité de patients (environ 3 %) pourrait éviter chimiothérapie, radiothérapie et chirurgie si la réponse se maintient. En France, rien ne change aujourd'hui : cette décision ne vaut que pour les États-Unis. Toute discussion de traitement se fait avec l'équipe d'oncologie.
ET APRÈS ? L'approbation est conditionnelle : le laboratoire doit continuer à suivre les patients pour confirmer le bénéfice durable. Aucune demande ni décision européenne n'est annoncée dans les sources consultées.
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3 · CHIRURGIE
Anesthésie : l'essai VITAL ne voit pas de différence entre deux techniques
22,5 j vivant et à domicile sous anesthésie par voie veineuse | | 22,4 j idem avec les gaz anesthésiques | | ≈ 2 500 patients, 49 hôpitaux du NHS |
Ce qui s'est passé. L'essai britannique VITAL, paru dans le numéro du 13 octobre de JAMA (DOI 10.1001/jama.2026.11065), a comparé deux manières d'endormir des patients de 50 ans et plus opérés d'une chirurgie majeure non cardiaque programmée, dans 49 hôpitaux du NHS entre janvier 2022 et avril 2024. La moitié a reçu une anesthésie intraveineuse totale (perfusion de propofol), l'autre moitié une anesthésie avec gaz anesthésiques inhalés. Le critère principal est le nombre de jours passés en vie et à domicile dans les 30 jours suivant l'opération : 22,5 jours contre 22,4 (rapport 1,00 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,99 à 1,02), sans différence significative. Les complications majeures, le délire postopératoire et la mortalité à 30 jours, 90 jours et 6 mois sont similaires. Le lendemain de l'opération, les patients du groupe intraveineux signalent moins de soif, d'enrouement, de nausées et de vomissements. Le financeur est le National Institute for Health and Care Research. Le nombre de participants est de 2 507 selon l'Université de Warwick et de 2 508 selon le résumé de JAMA.
NIVEAU DE PREUVE ESSAI RANDOMISÉ PRAGMATIQUE EN OUVERT ENVIRON 2 500 PATIENTS 49 HÔPITAUX (ROYAUME-UNI) JAMA · 13 OCT. 2026 RELU PAR DES PAIRS FINANCÉ PAR LE NIHR
L'ÉCLAIRAGEAnesthésie par voie veineuse ou par gaz : quelle différence ? Deux façons d'endormir. Dans l'une, un médicament (le propofol) est perfusé dans une veine. Dans l'autre, le patient respire un gaz anesthésique. Les anesthésistes débattent depuis des années de la meilleure option. Un essai « pragmatique ». Il compare deux pratiques courantes dans des hôpitaux ordinaires, et pas dans des conditions de laboratoire. Ce que prouve l'absence de différence. L'essai ne montre pas que les deux techniques sont rigoureusement identiques : il ne voit pas d'écart sur le critère retenu, ici les jours en vie et à domicile, chez des patients de 50 ans et plus. Les patients et les équipes savaient quelle technique était utilisée (essai en ouvert).
CE QU'EN DISENT
AUTEURS Université de Warwick communiqué sur l'essai« Choice of general anaesthetic for major surgery can continue to be based on patient and clinician preference » Citation originale en anglais : le choix de l'anesthésique général pour une chirurgie majeure peut continuer de reposer sur la préférence du patient et du médecin. Source : Université de Warwick → Experts indépendants, autorités de santé : pas de réaction relevée sur cette publication
CE QUE ÇA CHANGE Pour un patient de 50 ans ou plus opéré d'une chirurgie majeure, l'essai suggère que le type d'anesthésie ne change ni la durée de récupération ni la mortalité. Seuls quelques désagréments du lendemain (soif, nausées) sont un peu moins fréquents avec la voie veineuse. Le choix se discute avec l'anesthésiste.
ET APRÈS ? Pas de nouvelle étape réglementaire : il s'agit de deux pratiques déjà utilisées. Les sociétés d'anesthésie pourront intégrer ce résultat à leurs recommandations ; aucune annonce n'est signalée dans les sources consultées.
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EN BREF
Hépatite B chronique : la FDA approuve le bépirovirsen (Hibsago). Le 20 octobre, l'agence américaine a approuvé ce premier oligonucléotide antisens contre l'hépatite B chronique, à ajouter au traitement antiviral chez des adultes sans cirrhose dont le virus est déjà contrôlé. Dans deux essais contre placebo, 24 % des patients traités remplissaient les critères pour arrêter leur traitement habituel, contre aucun sous placebo ; 24 semaines après l'arrêt de tous les traitements, 19 % avaient toujours le virus contrôlé. Le médicament porte un avertissement encadré (« boxed warning ») pour des atteintes du foie et une baisse des plaquettes. Le laboratoire est GSK.
Grossesse : des phtalates et des phénols associés à un QI plus bas à 3 ans. Dans une étude publiée le 20 octobre dans Environmental Health Perspectives, une équipe de l'Inserm, du CNRS et de l'Université Grenoble Alpes a suivi 380 mères et leurs enfants et mesuré 26 substances dans des urines prélevées à plusieurs reprises. Le mélange de six substances prioritaires au troisième trimestre est associé à une baisse moyenne de 2,86 points de QI par niveau d'exposition. Il s'agit d'une association : l'étude ne prouve pas de causalité.
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LE CHIFFRE DU JOUR
≈ 3 %
des cancers du rectum localement avancés présentent l'anomalie de réparation de l'ADN (dMMR ou MSI-H) visée par la décision de la FDA du 19 octobre, selon les estimations publiées citées par l'agence. FDA →
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| À VENIR |
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| Congrès ESMO 2026 (oncologie) à Madrid. esmo.org → |
| Comité de pharmacovigilance de l'EMA (PRAC) : prochaine réunion, selon le calendrier de l'agence. ema.europa.eu → |
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VRAI OU FAUX ?
Dans l'essai ICRAKI, la mortalité à 90 jours a été plus faible avec l'hémodialyse intermittente qu'avec l'épuration continue.
Réponse : Faux. C'est l'inverse : à 90 jours, 63,1 % des patients initialement traités par hémodialyse intermittente étaient décédés, contre 53,5 % avec l'épuration continue (rapport de risque 1,3). L'essai a été arrêté plus tôt que prévu à cause de ce signal.
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LE LEXIQUE DU JOUR
Critère composite Un critère qui regroupe plusieurs événements (ici : décès, dépendance à la dialyse, créatinine élevée). Il suffit d'un seul pour être compté.
Arrêt précoce d'un essai Un comité indépendant peut interrompre un essai avant la fin si un traitement semble nettement plus risqué. L'estimation de l'effet peut alors être exagérée.
Approbation accélérée Une autorisation accordée sur des résultats intermédiaires, à condition de confirmer ensuite le bénéfice par des données plus solides.
Essai pragmatique Un essai qui compare des pratiques courantes dans des hôpitaux ordinaires, pour savoir ce qui marche en conditions réelles.
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