VENDREDI 23 OCTOBRE 2026
ÉCONOMIE
L'économie vous paraît opaque ? On reprend depuis le début.
Une entreprise, un secteur, un chiffre : le contexte, les faits et les différents points de vue.
Chaque jour, un nouvel éclairage sur ce qui crée de la valeur, de la tech à l'industrie.
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EN 30 SECONDES| → | Hermès : ventes en hausse de 4,3 % au T3, sous les attentes ; l'action recule de près de 5 %. | | → | Meta : dépenses d'IA relevées, trésorerie négative et nouvelles actions sans droit de vote. | | → | Michelin : volumes en recul de 0,8 % sur neuf mois, objectifs 2026 confirmés. | | → | Zone euro : inflation à 3,8 % en septembre, la BCE décide le 29 octobre. |
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1 · ENTREPRISES
Hermès : croissance de 4,3 % au T3, sous les attentes
4,1 Md€ chiffre d'affaires du T3 | | +4,3 % croissance à taux de change constants | | -2 % vêtement et accessoires |
Ce qui s'est passé. Jeudi 22 octobre, Hermès a publié un chiffre d'affaires de 4,096 milliards d'euros pour le troisième trimestre, en hausse de 5,5 % en données publiées et de 4,3 % à taux de change constants. Selon Reuters, c'est légèrement sous les attentes des analystes (environ 4,13 milliards d'euros) et la croissance la plus faible du groupe depuis six ans. La maroquinerie-sellerie (sacs Birkin et Kelly) progresse de 10,8 % à taux constants, tandis que la division vêtement et accessoires recule de 2,0 %, ce que la direction attribue à la faible demande chinoise pour des accessoires vendus en grands volumes. Sur neuf mois, le chiffre d'affaires atteint 12,26 milliards d'euros (+5,5 % à taux constants, +2,9 % en publié). Toutes les régions progressent au troisième trimestre sauf le Moyen-Orient ; l'Asie-Pacifique hors Japon est stable à taux constants. À la Bourse de Paris, l'action a clôturé en baisse de 4,94 %, à 1 289,50 euros, après un recul d'environ 8,5 % en matinée selon Reuters. Selon la même source, la boutique de Marseille, pillée lors des violences récentes, ne rouvrira pas de sitôt.
L'ÉCLAIRAGEPourquoi l'action baisse-t-elle alors que les ventes montent ? Le cours d'une action reflète ce que les investisseurs attendent des résultats futurs, pas seulement ce que l'entreprise a vendu. Les analystes publient avant chaque annonce une prévision moyenne, le consensus. Quand le chiffre publié est un peu en dessous, le titre peut reculer même si les ventes progressent, surtout quand l'action est valorisée très cher : selon Reuters, des investisseurs s'interrogent sur la valorisation d'Hermès. Autre repère : la croissance à taux de change constants (+4,3 %) écarte l'effet des devises, alors que la croissance publiée (+5,5 %) l'intègre.
LES POINTS DE VUE
ENTREPRISE Direction financière d'Hermès selon ReutersElle juge le marché chinois très difficile mais l'activité stable jusqu'à fin septembre, affirme que l'attrait du Birkin reste intact et maintient une hausse des capacités de production d'environ 6 % par an. Source : Reuters via Zonebourse → ANALYSTES Investisseurs et revendeurs selon ReutersLes investisseurs s'interrogent sur la valorisation élevée du groupe ; les revendeurs notent que l'offre de Birkin d'occasion réduit en partie leur attrait. Source : Reuters via Zonebourse → Syndicats, salariés, pouvoirs publics : pas de réaction relevée dans les sources consultées
CE QUE ÇA CHANGE Pour le groupe, la croissance repose presque entièrement sur la maroquinerie, alors que la Chine pèse sur les accessoires de volume. Pour les actionnaires, le titre cède une partie de sa valeur dans un secteur du luxe déjà sous pression. Pour les commerçants français, les pillages récents ajoutent une incertitude sur la fréquentation touristique, que le groupe juge trop tôt pour mesurer.
ET APRÈS ? Hermès publie ses résultats annuels début 2027 ; le groupe indique qu'aucun changement majeur n'est attendu au quatrième trimestre.
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2 · TECH
Meta : dépenses d'IA relevées et actions sans droit de vote
64,6 Md$ chiffre d'affaires du T3 | | -2,1 Md$ flux de trésorerie disponible | | 145 Md$ haut de fourchette des dépenses 2026 |
Ce qui s'est passé. Mercredi 21 octobre, après la clôture de Wall Street, Meta a publié un chiffre d'affaires de 64,60 milliards de dollars pour le troisième trimestre, contre 63,37 milliards attendus par les analystes (LSEG). Le bénéfice par action dilué ressort à 3,83 dollars, après une charge de 9,89 milliards de dollars liée à l'accord de règlement conclu en août avec des États américains ; sans cette charge, il aurait été de 7,40 dollars. Le flux de trésorerie disponible est négatif de 2,12 milliards de dollars, contre un flux positif de 10,63 milliards un an plus tôt. Meta relève le bas de sa fourchette de dépenses d'investissement 2026, désormais de 135 à 145 milliards de dollars (130 à 145 auparavant), et prévoit 73 à 76 milliards de dollars de chiffre d'affaires au quatrième trimestre. Le groupe annonce aussi l'émission, en janvier 2027, d'actions ordinaires de classe C sans droit de vote, un fractionnement de fait de deux pour un qui doit financer des acquisitions et retenir les talents tout en préservant le contrôle de Mark Zuckerberg. Après une hausse en séance prolongée, l'action a reculé de 5,6 % jeudi à Wall Street ; en Europe, Legrand a perdu 5,8 % et Schneider Electric 5,4 %, sur des inquiétudes liées aux dépenses d'IA, selon BFM Bourse.
L'ÉCLAIRAGEPourquoi un groupe rentable voit-il sa trésorerie passer au rouge ? Le flux de trésorerie disponible est l'argent qui reste après les dépenses courantes et les investissements. Construire des centres de données et acheter des puces coûte des milliards avant que les revenus de l'IA n'arrivent : ce sont les dépenses d'investissement (« capex »). Meta reste très profitable, mais ces dépenses dépassent désormais l'argent qu'elle encaisse (-2,12 Md$ ce trimestre). D'où l'émission d'actions de classe C sans droit de vote : elles peuvent servir à payer des acquisitions ou des salaires en actions sans diluer le pouvoir de vote de Mark Zuckerberg, qui contrôle le groupe.
LES POINTS DE VUE
ENTREPRISE Mark Zuckerberg fondateur et PDG de MetaSelon Reuters, il affirme que l'agent d'IA Muse a dépassé 10 millions de comptes créés aux États-Unis et au Canada en environ six semaines, et qu'il pourrait servir des milliards de personnes. Source : Reuters via Boursorama → ENTREPRISE Susan Li directrice financière de MetaSelon Reuters, elle estime que l'IA deviendra une source significative de diversification des revenus au fil du temps. Source : Reuters via Boursorama → ANALYSTES Natixis banque, citée par l'AFPElle analyse les annonces de Meta dans la dépêche de l'AFP reprise par BFM Bourse, alors que le groupe doit financer ses dépenses avec une trésorerie disponible négative. Source : BFM Bourse → Régulateurs, actionnaires minoritaires : pas de réaction relevée dans les sources consultées
CE QUE ÇA CHANGE Pour Meta, le financement de l'IA passe désormais aussi par le marché, avec des actions qui ne donnent pas de pouvoir de vote. Pour les fournisseurs d'équipements, les dépenses relevées confortent les commandes, mais les inquiétudes des investisseurs ont fait reculer Legrand et Schneider Electric. Pour le secteur, la question devient celle du retour sur ces investissements.
ET APRÈS ? Les actions de classe C doivent être émises en janvier 2027 ; Meta prévoit 73 à 76 milliards de dollars de chiffre d'affaires au quatrième trimestre.
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3 · INDUSTRIE
Michelin : ventes de 19,2 Md€ sur neuf mois, volumes en recul
19,2 Md€ ventes sur neuf mois | | -0,8 % volumes de pneus | | +2,2 % croissance du T3 (taux constants) |
Ce qui s'est passé. Mardi 20 octobre, Michelin a publié ses ventes à fin septembre : 19,2 milliards d'euros sur neuf mois, en recul de 0,5 % en données publiées, en hausse de 1,0 % à taux de change constants et de 0,1 % à périmètre et changes constants. L'effet de change pèse pour 1,6 % (environ 300 millions d'euros), surtout à cause de la baisse du dollar au premier semestre. Les volumes de pneus reculent de 0,8 %, ce que le groupe attribue principalement à la baisse des ventes en première monte, alors que ceux de la marque Michelin en remplacement progressent de 4 %. La croissance accélère au troisième trimestre, à +2,2 % à taux constants et +0,8 % à périmètre et changes constants, avec un effet prix redevenu positif. La division transport (poids lourds) réalise 4,3 milliards d'euros, en baisse de 3,7 % sur neuf mois. Michelin confirme ses objectifs 2026 : un résultat opérationnel des secteurs en croissance à taux et périmètre constants et un cash-flow libre avant acquisitions supérieur à 1,6 milliard d'euros. Mercredi 21 octobre, l'action a reculé de 7,16 %, selon Zonebourse, qui parle de chiffres inférieurs aux attentes.
L'ÉCLAIRAGEPremière monte ou remplacement : deux marchés du pneu Un fabricant vend ses pneus par deux canaux. La première monte : les pneus montés sur les véhicules neufs, vendus aux constructeurs automobiles. Elle dépend donc du nombre de voitures et de camions produits. Le remplacement : les pneus achetés par les automobilistes et les transporteurs pour remplacer des pneus usés, via des distributeurs. Il dépend plutôt de l'usage du parc existant. Chez Michelin, la première monte tire les volumes vers le bas (-0,8 % au total), alors que le remplacement de la marque progresse de 4 %. Autre repère : la hausse de 1,1 % de l'effet prix-mix combine les hausses de prix et la part croissante de pneus plus haut de gamme.
LES POINTS DE VUE
ENTREPRISE Michelin communiqué du 20 octobreLe groupe confirme ses objectifs annuels : croissance du résultat opérationnel des secteurs et cash-flow libre avant acquisitions supérieur à 1,6 milliard d'euros. Source : communiqué Michelin → ANALYSTES Marché selon ZonebourseLe titre recule de 7,16 % mercredi 21 octobre : les chiffres sont jugés inférieurs aux attentes du marché, malgré l'accélération du troisième trimestre. Source : Zonebourse via Boursorama → Syndicats, constructeurs automobiles : pas de réaction relevée dans les sources consultées
CE QUE ÇA CHANGE Pour Michelin, l'objectif annuel reste inchangé, mais il repose sur un redressement des ventes en fin d'année. Pour les salariés et les clients, rien ne change à court terme : le groupe ne communique pas de mesure nouvelle. Pour le secteur, la production de véhicules neufs reste le point de suivi.
ET APRÈS ? Michelin publie ses résultats annuels début 2027 et confirme viser un cash-flow libre supérieur à 1,6 milliard d'euros en 2026.
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4 · CONJONCTURE
Zone euro : inflation à 3,8 % en septembre, la BCE se réunit le 29
3,8 % inflation en septembre | | +18,8 % prix de l'énergie sur un an | | 2,50 % taux de dépôt de la BCE |
Ce qui s'est passé. Le 16 octobre, Eurostat a confirmé que l'inflation de la zone euro atteint 3,8 % sur un an en septembre, contre 3,2 % en août, son plus haut niveau depuis trois ans et près du double de l'objectif de 2 % de la BCE. L'énergie concentre l'essentiel de la hausse : ses prix augmentent de 18,8 % sur un an, contre 14,3 % en août, dans le contexte du conflit au Moyen-Orient. Selon l'estimation rapide, les services progressent de 3,2 %, l'alimentation, l'alcool et le tabac de 1,4 %, et l'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) atteint 2,5 %. La France affiche 3,4 % et l'Allemagne 3,3 %. Le 10 septembre, la BCE a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base ; le taux de dépôt est à 2,50 % depuis le 16 septembre. Ses projections tablent sur 3,0 % d'inflation en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. La prochaine décision est attendue jeudi 29 octobre à 14h15.
L'ÉCLAIRAGEPourquoi la BCE relève-t-elle ses taux quand les prix montent ? La BCE a pour mission de maintenir l'inflation autour de 2 %. Relever ses taux directeurs renchérit le crédit : les ménages et les entreprises empruntent moins, la demande ralentit, et les prix montent moins vite. Ici, la hausse vient surtout de l'énergie, que la BCE ne contrôle pas : relever les taux ne baisse pas le prix du pétrole, mais vise à éviter que la hausse se diffuse aux salaires et aux autres prix. Le coût : une croissance plus faible et un crédit plus cher. L'inflation sous-jacente (2,5 %), qui exclut l'énergie et l'alimentation, mesure cette diffusion.
LES POINTS DE VUE
RÉGULATEUR Conseil des gouverneurs de la BCE décision du 10 septembre« Nous ne nous engageons pas à l'avance sur une trajectoire de taux particulière. » Source : BCE → Gouvernements, économistes, associations de consommateurs : pas de réaction relevée dans les sources consultées
CE QUE ÇA CHANGE Pour les ménages, l'énergie pèse sur le budget carburant et chauffage. Pour les emprunteurs, un nouveau relèvement renchérirait le crédit à taux variable. Pour les entreprises, les coûts d'énergie réduisent les marges, et les taux plus élevés freinent l'investissement.
ET APRÈS ? Décision de la BCE jeudi 29 octobre ; première estimation de l'inflation française d'octobre et du PIB du troisième trimestre vendredi 30 octobre.
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EN BREF Carrefour : rachat de Codifrance. Le groupe va racheter Codifrance, spécialiste de l'affiliation de supérettes (CocciMarket, Coccinelle), via un accord avec le belge Colruyt, selon l'AFP. Source unique : AFP via Fortuneo Carrefour : 35 magasins cédés puis reloués. Début octobre, le groupe a conclu une cession-bail de 35 magasins en France et en Espagne pour environ 290 millions d'euros, selon l'AFP. Source unique : AFP via Fortuneo |
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LE CHIFFRE DU JOUR
-2,12 Md$
C'est le flux de trésorerie disponible de Meta au troisième trimestre, contre +10,63 milliards de dollars un an plus tôt. Il se calcule en retirant de l'argent encaissé par l'activité les dépenses d'investissement (centres de données, puces). Un flux négatif ne signifie pas une perte : Meta reste bénéficiaire (bénéfice par action de 3,83 dollars). Cela signifie qu'elle dépense davantage en investissements qu'elle n'encaisse.
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À VENIR | VEN. 23 | Indices PMI flash (S&P Global). Moody's doit réexaminer la note de la France (Aa3, perspective négative) : date relevée par une seule source, à confirmer. | | MAR. 27 | Moral des ménages (Insee). Début des résultats des grands groupes : Saint-Gobain, Orange, BNP Paribas, Stellantis, Danone, TotalEnergies, Société Générale (du 27 au 29 octobre). | | JEU. 29 | Décision de politique monétaire de la BCE à 14h15, conférence de presse de Christine Lagarde à 14h45. | | VEN. 30 | Insee : première estimation du PIB du troisième trimestre, inflation d'octobre (provisoire) et consommation des ménages. Résultats de Crédit Agricole et de Sanofi. |
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VRAI OU FAUX ?
Le 10 septembre 2026, la BCE a relevé ses taux directeurs de 25 points de base.
Réponse : Vrai. Le taux de dépôt est à 2,50 % depuis le 16 septembre, selon la BCE : c'était la deuxième hausse de l'année 2026.
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LE LEXIQUE DU JOUR
Dépenses d'investissement (capex) Argent consacré à acheter ou construire des équipements durables : usines, centres de données, machines. Consensus Prévision moyenne des analystes financiers avant une publication. Une entreprise « bat » ou « manque » le consensus. Croissance organique Croissance des ventes sans l'effet des devises ni des rachats ou cessions d'activités. Inflation sous-jacente Hausse des prix hors énergie et alimentation, plus stable, qui montre si la hausse se diffuse à l'ensemble de l'économie.
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